De l’art à l’entrepreneuriat : un parcours guidé par le geste
Chez Julien Mille, la création est une histoire de transmission. Il apprend à dessiner avec son grand-père, peintre amateur, mineur de fond de métier, qui l’initie enfant au geste, aux matières, à la patience. Du pyrograveur de ses jeux d’enfant aux expérimentations graphiques de son adolescence, la pratique s’installe.
Arrivé à Prévelles à 10 ans, il repartira à Paris après un Brevet des Métiers d’Art puis des études en école supérieure de Design Produit. « L’art, c’est l’exploration et la liberté ; le design, c’est la contrainte au service de l’individu. Les deux me structurent », dit-il.
Depuis 2014, son studio manceau s’est spécialisé en branding, avec une conviction : « La lettre véhicule beaucoup de valeurs, positionnement, d’idées. »
« Je n’ai pas l’âme entrepreneuriale. Ce que je veux, c’est être libre artistiquement, varier les univers, collaborer. Pour ça, il faut être indépendant. »
Julien Mille
Entreprendre pour rester libre
Créer son entreprise n’était pas une vocation. Chaque projet est conçu comme une co-création avec le client : « Une recherche du singulier, entre leurs envies et mon univers. »
Le Mans s’est imposé par évidence : « J’ai suivi un parcours BGE de 6 semaines, puis j’ai rencontré Violaine Guittet et Isabelle Verchère. Elles m’ont donné des clés et des contacts lorsqu‘ j’ai lancé mon activité au Mans en 2014. »
Art et Design : une énergie circulaire
Son activité repose sur une ambition socle : réunir esthétique et fonctionnalité. « L’art met mon regard en veille, il renouvelle mes propositions. Le design m’apporte la rigueur, la fonction, la quête du beau utile. » Cette dynamique nourrit ses projets comme sa posture.
Artiste engagé et loin de l’élitisme, Julien Mille développe aujourd’hui un projet artistique autour du portrait. Une exposition pensée comme un chapitre 1, prévue pour fin 2026 au Mans a pour ambition claire de mettre en lumière des personnes du quotidien et révéler la richesse de notre société. Ce panorama social présentera la diversité comme une richesse et désacralisera le milieu artistique. « Parce que le milieu de l’art et du design est perçu comme fermé. Mon objectif est de l’ouvrir. »
Chaque toile de la collection porte un prénom. L’une d’elles, « Paul », sera exposée au Grand Palais, une étape symbolique. « Mes parents, qui m’ont toujours soutenu dans ma démarche, ont reçu le courrier, on l’a ouvert en FaceTime et ils m’ont dit : « Titi, tu exposes au Grand Palais ! » Le Salon des Artistes Français, institution qui date de plusieurs siècles réunissant plus de 900 artistes internationaux, marque une étape importante dans le parcours de Julien Mille.
Le chapitre 2 ira encore plus loin, en intégrant le parcours de vie des personnes représentées, à travers des cartels.
Au-delà de son travail artistique, Julien Mille est reconnu pour sa spécialité : l’image de marque, avec une approche forte de la typographie. Il collabore avec des entreprises du territoire de renom comme Colart et Lefranc Bourgeois. Des références qui font figure de symbole : « J’utilisais leurs produits enfant ; en travaillant pour eux la boucle s’est bouclée. »
« Dans, 20 ans, j’aimerais qu’on dise : il a fédéré, il a démocratisé. »
Julien Mille
Le Mans, terre d’équilibre et de rencontres
Installé au Mans, Julien Mille revendique l’impact de la ville sur son travail. « Le hasard des rencontres, les personnes de différents milieux, le vivre-ensemble… tout cela nourrit ma création. »
Quitter l’effervescence parisienne sans renoncer à l’intensité créative ?
« Au Mans, on côtoie plein de milieux différents. Tous se rencontrent, se nourrissent et échangent. Les ponts que je crée dans mon expo viennent de là. La scène culturelle locale, notamment le street-art, participe aussi à cette dynamique et contribue à mettre Le Mans en lumière comme un terrain d’expérimentation artistique. »
Julien Mille
S’il apprécie l’énergie parisienne, il défend l’entrepreneuriat manceau, facilité par une ville à taille humaine où les réseaux sont accessibles. Ancien vice-président de Créapolis, il souligne l’importance de ces collectifs pour fédérer : « Ici, on est plutôt bien entouré ».
Laisser son empreinte
Que retenir de Julien Mille en tant qu’artiste ? Un message fort : il n’est pas nécessaire d’avoir fait de grandes écoles pour être un bon designer ou un bon artiste. La clé, selon lui, réside ailleurs.
Son conseil à ceux qui veulent se lancer : « Être très bien entouré, s’ouvrir aux autres, être curieux et aller chercher les réponses. » Pour Julien Mille, le réseau est un levier essentiel, c’est plus simple dans une ville comme Le Mans : « Ici, on a vite accès aux personnes, elles sont très accessibles. C’est la force d’une ville à taille humaine ».
Pour lui, cette proximité crée un microcosme entrepreneurial idéal, où les échanges nourrissent les projets.
Entre art, design, entrepreneuriat et engagement sociétal, Julien Mille trace une voie singulière, profondément libre, à l’image de son travail.
« L’entrepreneuriat dépend de la conjoncture, mais en cas de doute, Le Mans vous entoure bien. Le réseau m’a beaucoup aidé. J’ai même rencontré des amis grâce à ces rencontres. »
Julien Mille